Comment voyagerez-vous en 2026 ?
Chaque début d’année, acteurs du tourisme et médias annoncent leurs prédictions sur les façons de voyager. Des plus sérieuses aux plus anecdotiques. Jean-François Rial, pdg de Voyageurs du Monde, se prête à l’exercice. Analyse.
Parmi les tendances 2026, la recherche de silence, de déconnexion, l’assistance par IA ou encore les voyages littéraires arrivent en tête. Quel est votre point de vue sur ces grandes orientations ?
Jean-François Rial : Les trois premières me semblent effectivement s’affirmer comme de réels phénomènes qui s’inscrivent dans la durée. Je suis plus réservé sur les voyages culturels, autour de la littérature ou de la généalogie, qui restent des niches. Je pense même qu’au contraire, la recherche d’hédonisme prend de plus en plus le dessus sur les motivations culturelles. En revanche, le besoin de calme, de silence, est une réelle tendance. L’accélération du rythme de nos vies, l’intensification des sollicitations quotidiennes poussent dans ce sens. Je constate aussi que l’ultra-personnalisation et la délégation à des tiers de confiance connaissent une croissance exponentielle. L’utilisation de l’intelligence artificielle également bien sûr, comme dans tous les domaines, avec ses bons et ses mauvais côtés. J’ajouterais, dans les tendances les plus sérieuses, un créneau en total développement : les voyages en train. Pas uniquement pour des raisons écologiques mais aussi pratiques : un gain de temps considérable par rapport à l’avion sur les court et moyen-courriers car pas d’attente aux contrôles de sécurité, départ et arrivée se font en centre-ville. Sans compter que l’offre va monter en gamme et se diversifier.
Que faut-il penser des voyages fondés sur la connexion sociale, l’émerveillement, les loisirs atypiques ?
J.-F.R. : Restons prudents sur ce travers consistant à voir des micro-tendances tous azimuts, comme le fait de détourner en arguments marketing certains éléments indispensables au beau voyage – l’émotion, la vérité d’un pays, la rencontre, le partage, le lien avec la nature. Ce sont des fondamentaux qui n’ont rien d’une tendance qui, par définition, pourrait passer.

@Claire Guarry
Dans quelles directions voyez-vous évoluer la demande des voyageurs à moyen terme ?
J.-F.R. : Je penche pour une accentuation des phénomènes que nous constatons depuis dix ans. Soit, pour l’essentiel du marché, une orientation guidée par des prix les plus bas possible, pour des séjours centrés sur le soleil et le repos. À l’opposé : une quête grandissante de profondeur, de sens, à travers des voyages itinérants ultra-personnalisés, appuyés de services haut de gamme, se développe. Les agences de voyages devront être fortes sur l’un ou l’autre de ces angles. À défaut, les voyageurs se passeront d’intermédiaires.
En utilisant notamment l’intelligence artificielle comme un super assistant de voyage ?
J.-F.R. : L’IA est un excellent outil, à condition de s’en servir correctement. Aujourd’hui, dans le voyage comme sur d’autres sujets, le premier réflexe est une utilisation frénétique de l’IA. Les résultats sur des requêtes de planification d’un voyage, d’éclairages sur une destination peuvent être bluffants. Pourtant, nous savons bien que dans un monde où la frontière entre vrai ou faux, réel ou artificiel, est de plus en plus floue, le discernement est une clé irremplaçable. En cela, le recours à un tiers de confiance, dans les médias comme chez les agents de voyages, va devenir fondamental.
Quelles sont les questions que vous vous posez en permanence pour faire évoluer l’offre Voyageurs du Monde ?
J.-F.R. : La question omniprésente consiste à évaluer et faire en sorte que chaque élément des voyages créés ne soit pas catalogué “touristique”. La destination, les étapes, les hébergements, les expériences, les rencontres : chaque moment vécu doit être une invitation à fuir les clichés. Exemple : un déjeuner chez l’habitant qui peut sembler très authentique devient désastreux s’il est répété de manière automatique d’un voyageur à l’autre. Il perd alors toute sa saveur. Mieux vaut une adresse appréciée des locaux, qui n’a pas pignon sur rue. L’autre questionnement crucial est de trouver comment apporter à nos voyageurs une valeur ajoutée de plus en plus pointue et de plus en plus forte.
photo de couverture : @Pie Aerts
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